IBM Ventures vient de poser deux jetons de plus sur la table quantique: SQK et QodeX Quantum, deux jeunes boîtes logicielles passées en phase 2 de l’accélérateur Alchemist Chicago. Le message est limpide: IBM ne veut pas seulement des machines qui impressionnent sur un slide, il veut des logiciels qui font tourner des cas d’usage concrets, surtout en santé et en IA.
IBM Ventures mise sur SQK et QodeX Quantum : deux paris logiciels pour rendre le quantique enfin utile
Le truc, c’est que le quantique traîne encore une image de techno “bientôt prête” depuis dix ans. Du coup IBM appuie là où ça fait mal: l’adoption. Mentors, accès aux systèmes IBM Quantum, Qiskit, réseau business, et maintenant du capital. Et au milieu de tout ça, un territoire revient tout le temps: l’Illinois, que le groupe présente comme le cur de sa stratégie, avec des annonces lourdes autour d’un futur IBM Quantum System Two et d’un National Quantum Algorithm Center.
Pourquoi IBM met des billets sur le logiciel, pas sur le hardware
Dans le quantique, tout le monde adore parler du nombre de qubits. Sauf que pour un industriel, la vraie question c’est: “qu’est-ce que je peux en faire lundi matin?” IBM le sait, et martèle que le logiciel est la clé pour extraire de la valeur du calcul quantique. D’où ce choix d’investir dans deux startups qui bossent sur des applications et des workflows, pas sur des frigos à dilution.
Le programme est construit comme un entonnoir. Phase 1: découverte client, preuve de concept, premiers signaux de traction. En clair, tu vas parler à des entreprises, tu testes si ton idée résout un vrai problème, tu fabriques un POC qui tient debout. Et tu fais ça avec des mentors IBM et un accès aux systèmes quantiques maison – pas juste un compte démo.
Phase 2: là, IBM Ventures sort le carnet de chèques et Alchemist Chicago déroule un accompagnement de six mois orienté levée de fonds, traction enterprise, croissance scalable. Ça ressemble à une mise sous pression organisée: on t’aide, mais on veut des résultats. Pour IBM, c’est aussi une manière de “caler” des futurs clients sur sa stack, notamment Qiskit, son kit open source.
Perso, j’y vois un calcul assez froid: le hardware quantique coûte une fortune à développer, et le marché reste étroit. Le logiciel, lui, crée des usages, donc des raisons d’acheter du temps machine. IBM joue l’écosystème: si SQK et QodeX réussissent, ça tire la demande, et ça renforce l’idée que la voie IBM (Qiskit + accès à ses systèmes) est la route la plus directe vers du quantique utile.
SQK veut accélérer l’imagerie médicale avec des algos hybrides
SQK, c’est Seattle, création 2023, et une promesse qui parle aux hôpitaux: améliorer la reconstruction d’images médicales via des algorithmes hybrides quantique-classique. Traduction: tu ne jettes pas les GPU et les clusters par la fenêtre, tu combines le meilleur des deux mondes pour attaquer un goulot d’étranglement calculatoire très concret.
La reconstruction, c’est le moment où des signaux bruts (IRM, scanner, autres modalités) deviennent une image exploitable par un radiologue ou un logiciel d’aide au diagnostic. Ça peut être long, coûteux, et la moindre amélioration se répercute partout: délais, charge de calcul, qualité d’image. SQK vise des terrains lourds: oncologie, santé cardiovasculaire, neurosciences. Là où l’imagerie est massive et où l’enjeu clinique est immédiat.
Ce qui intéresse IBM dans ce profil, c’est le côté “application”: un problème métier, des métriques claires, des utilisateurs identifiables. Et surtout une approche hybride, plus réaliste à court terme que le fantasme du tout-quantique. IBM promet à SQK ressources, mentorat, connexions stratégiques. En gros: accès tech + carnet d’adresses, le duo qui manque souvent aux équipes très académiques.
La nuance – parce qu’il y en a une – c’est que la santé est un terrain miné. Entre validation clinique, intégration dans des chaînes d’imagerie existantes, exigences de fiabilité, et cycles de vente interminables, tu peux avoir un super algo et te fracasser sur la réalité hospitalière. SQK gagne du temps avec IBM, oui. Mais le passage du POC à l’usage quotidien, c’est une autre histoire, et ça ne se règle pas juste avec du compute.
QodeX Quantum pousse l’IA quantique “native” depuis Chicago
QodeX Quantum joue une autre carte: l’IA. La startup, basée à Chicago et créée en 2025, veut permettre des modèles “quantum-native” et intégrer le traitement quantique directement dans des workflows de machine learning. Dit comme ça, ça sonne buzzword. Sauf que l’idée opérationnelle est simple: donner aux équipes data des outils pour tester des briques quantiques dans des pipelines existants.
Le point clé, c’est l’analytics entreprise et le prédictif. Les boîtes veulent des modèles plus précis, plus rapides, plus sobres en ressources, et elles se heurtent aux limites des architectures classiques sur certains types de problèmes. QodeX se place comme une plateforme: pas juste un notebook de recherche, mais un truc qui s’insère dans une chaîne de production data, avec des étapes, des tests, des comparaisons, des itérations.
IBM, de son côté, a tout intérêt à ce que “quantum + IA” ne reste pas une démo de conférence. Si QodeX arrive à rendre consommables des approches quantiques dans des workflows ML, ça crée un pont naturel vers l’infrastructure IBM Quantum et la stack Qiskit. Et quand tu parles à des DSI, l’argument “on s’intègre à vos processus” vaut souvent plus que “on a une idée brillante”.
Mais soyons honnêtes: l’IA quantique, c’est aussi un terrain où la com va plus vite que la preuve. Le risque, c’est de promettre des gains généralisables alors que les bénéfices sont très dépendants des cas d’usage, des données, et du matériel disponible. Si QodeX réussit, ce sera en étant chirurgical: quelques scénarios où l’apport est mesurable, pas une promesse magique sur “tous les modèles”.
Alchemist Chicago et Duality: le tunnel “POC venture”
IBM ne balance pas ces investissements au hasard. SQK et QodeX viennent du programme Duality, et ont été sélectionnées pour la phase 2 de l’inaugural cohort d’Alchemist Chicago. Le schéma est intéressant: tu fais émerger des startups, tu les fais bosser sur la découverte client, tu filtres celles qui montrent une traction crédible, puis tu accélères avec du capital et un cadre de croissance.
Dans la phase 1, l’accent est mis sur trois trucs: customer discovery, développement de POC, early traction. Ce vocabulaire, c’est celui des investisseurs autant que celui des accélérateurs. Ça veut dire: “arrête de bricoler dans ton coin, trouve des gens prêts à tester, et prouve qu’ils en veulent”. IBM ajoute une couche rare: l’accès à ses systèmes quantiques et à des mentors qui connaissent les contraintes industrielles.
La phase 2, avec un programme de six mois, vise la levée de fonds, la traction enterprise et la croissance “scalable”. En clair: préparer le dossier pour d’autres investisseurs, signer des pilotes, et transformer une équipe technique en machine commerciale. Pour des startups quantiques, c’est souvent là que ça casse, parce que le temps long de la R&D se heurte au temps court du marché.
La critique, c’est que ce type de tunnel peut aussi standardiser des trajectoires. Tu pousses des boîtes à raconter une histoire “venture-compatible” alors que certains sujets quantiques demandent plus de maturité. IBM parie que SQK et QodeX sont déjà assez proches d’un usage réel pour supporter cette accélération. Si le pari est bon, ça crée des références. Si le pari est mauvais, ça fait des startups qui lèvent sur une promesse avant d’avoir un produit solide.
L’Illinois, IBM Quantum System Two et le National Quantum Algorithm Center
Quand IBM parle de cette opération, l’Illinois revient comme un refrain. Le groupe dit clairement que l’État joue un rôle central dans sa stratégie quantique. Et ce n’est pas juste du storytelling local: IBM prévoit de déployer un IBM Quantum System Two au Illinois Quantum and Microelectronics Park. Ce genre d’infrastructure, c’est un aimant à talents, à labos, à startups, et à partenaires industriels.
Dans le même mouvement, IBM met en avant la création du National Quantum Algorithm Center. Le nom est ambitieux, et l’objectif est limpide: créer un “front door” où des partenaires viennent découvrir, tester, et déployer des algorithmes quantiques utiles sur des problèmes d’entreprise. Ce n’est pas un détail: beaucoup d’acteurs ont du mal à savoir par où entrer dans le quantique. IBM veut être la porte d’entrée.
Techniquement, IBM met aussi en avant l’accès à du matériel “utility-scale”, avec notamment le processeur IBM Heron à 156 qubits mentionné dans l’écosystème. Pour des startups logicielles, ça compte: tu peux prototyper sur simulateur, oui, mais tu as besoin de confronter tes idées aux contraintes du hardware réel, au bruit, aux temps d’exécution, aux limites de compilation. Sans ça, tu fais de la théorie.
Et puis il y a l’implication politique et économique: concentrer des moyens dans l’Illinois, c’est créer une grappe, un effet réseau. Ça attire des programmes universitaires, des financements, des industriels curieux. Le risque, c’est de créer une dépendance à un acteur dominant: si l’écosystème se construit trop autour d’une seule stack, l’innovation peut se retrouver enfermée. IBM dit “open source” avec Qiskit, oui, mais l’attraction du hardware maison reste un facteur de verrouillage, même involontaire.
À retenir
- IBM Ventures investit dans SQK et QodeX Quantum via la phase 2 d’Alchemist Chicago.
- SQK vise l’imagerie médicale avec des algorithmes hybrides quantique-classique.
- QodeX Quantum travaille sur l’intégration du quantique dans des workflows IA en entreprise.
Questions fréquentes
- Qui sont SQK et QodeX Quantum, et pourquoi IBM s’y intéresse ?
- SQK est une startup de Seattle fondée en 2023 qui développe des algorithmes hybrides pour la reconstruction d’images médicales, avec des cas d’usage cités en oncologie, cardiovasculaire et neurosciences. QodeX Quantum est une startup de Chicago créée en 2025, orientée plateforme pour des modèles IA quantum-native et l’intégration du quantique dans des workflows de machine learning. IBM s’y intéresse parce que ces approches peuvent accélérer des applications concrètes et renforcer l’écosystème logiciel autour de ses systèmes quantiques et de Qiskit.
- Qu’est-ce que la phase 2 d’Alchemist Chicago apporte de plus ?
- La phase 1 est centrée sur la découverte client, la création de preuves de concept et les premiers signes de traction, avec mentorat IBM et accès à ses systèmes quantiques. La phase 2 ajoute un investissement de type venture et une accélération business plus intensive via un programme de six mois, conçu pour soutenir la levée de fonds, la traction auprès des entreprises et la croissance à plus grande échelle.
- Pourquoi l’Illinois revient autant dans la stratégie quantique d’IBM ?
- IBM présente l’Illinois comme un pivot de sa stratégie, avec des projets structurants : le déploiement prévu d’IBM Quantum System Two au Illinois Quantum and Microelectronics Park et la création du National Quantum Algorithm Center. L’idée est de concentrer infrastructure, partenaires et startups pour créer un hub où des algorithmes quantiques peuvent être testés et rapprochés d’usages industriels.



