À Hanoï, le Forum international sur l’intelligence artificielle WAN-IFRA Vietnam 2026 a porté un message central, l’IA devient un outil courant dans les rédactions, mais elle doit rester au service du journalisme sans se substituer aux journalistes. Les intervenants ont insisté sur un point, le public attend des informations vérifiées, des reporters sur le terrain et une responsabilité claire en cas d’erreur, des exigences jugées hors de portée d’une automatisation totale.
Les échanges, rapportés par plusieurs médias vietnamiens, décrivent une phase de bascule, l’intelligence artificielle sort du stade des tests pour entrer dans les processus quotidiens de production, d’édition et de distribution. Cette industrialisation s’accompagne d’une question prioritaire, comment accélérer grâce à la technologie tout en protégeant la confiance du public.
Le forum s’inscrit dans une dynamique plus large de WAN-IFRA, dont l’agenda 2026 prévoit plusieurs rendez-vous régionaux sur l’IA dans les médias, dont une date à Hanoï le 14 août et d’autres forums annoncés dans plusieurs capitales. Dans ce calendrier, l’étape vietnamienne met l’accent sur la transformation numérique des rédactions et la gouvernance des usages.
Le Quoc Minh met en avant vérité et responsabilité humaines
Lors de son intervention, Le Quoc Minh, rédacteur en chef du quotidien Nhan Dan et président de l’Association des journalistes du Vietnam, a décrit une adoption désormais généralisée de l’intelligence artificielle dans le secteur. Son constat est opérationnel, l’IA n’est plus un sujet de laboratoire mais un levier intégré, soutenu par une hausse des investissements et par la pression concurrentielle autour de la rapidité et de l’efficacité.
Son argument central porte sur ce que le public réclame en période de surabondance informationnelle, des contenus vérifiés, la présence de journalistes sur place, et une personne ou une organisation prête à assumer les erreurs. Dans cette grille de lecture, l’IA peut produire, reformuler, résumer ou suggérer, mais ne peut pas endosser la responsabilité éditoriale au sens plein, ni porter l’éthique professionnelle qui fonde la relation de confiance.
Le Quoc Minh a également insisté sur la hiérarchie des valeurs, le cœur du journalisme resterait la vérité, la responsabilité et la confiance. L’outil peut générer du contenu, mais les notions d’intégrité, de jugement et d’humanité doivent demeurer sous contrôle humain. Le message vise autant la production d’articles que les choix de sujets, la manière de traiter des personnes vulnérables, ou le risque de recopier des narratifs sans les contredire.
Dans le contexte vietnamien, les organisateurs et intervenants rattachent cette discussion à une transformation numérique présentée comme une nécessité. Mais l’objectif affiché n’est pas l’empilement de solutions techniques. Il s’agit d’améliorer la qualité des enquêtes, de mieux servir le public et de protéger la crédibilité des médias, y compris quand l’IA accélère les cycles de publication et rend les erreurs plus visibles.
Les débats ont mis en avant un besoin de cadre, la gouvernance interne devient un sujet au même niveau que l’achat d’outils. Le forum a défendu l’idée d’un dispositif rigoureux pour éviter que l’IA n’affecte les valeurs fondamentales et la responsabilité sociale du journalisme, avec des procédures de validation, de traçabilité et d’arbitrage.
E-von Yeung défend une IA d’appui au Straits Times
Autre voix attendue, E-von Yeung, responsable de la stratégie éditoriale pour l’IA et l’innovation au Straits Times à Singapour, a détaillé une approche centrée sur la confiance des lecteurs. Son propos rejoint celui des organisateurs, l’IA doit être utile à la communauté, et le bénéfice attendu doit se mesurer dans la qualité du service rendu, pas seulement dans la réduction des coûts ou l’augmentation des volumes publiés.
Dans cette perspective, l’IA est décrite comme une couche d’assistance, utile pour accélérer certaines tâches, recherche documentaire, premières synthèses, aide à la structuration, détection de tendances ou de signaux faibles dans des corpus volumineux. Le principe reste que les décisions éditoriales relèvent du jugement humain, avec une responsabilité clairement attribuée, notamment quand une information touche à la sécurité, à la réputation ou à des enjeux politiques et sociaux.
Les discussions ont également insisté sur la nécessité de stratégies de gestion globales. L’IA ne se limite pas à un logiciel ajouté à une chaîne de production, elle modifie l’organisation, les compétences et les contrôles. Cela implique des règles écrites, des validations explicites, et des formations continues, pour éviter que l’automatisation de certains gestes ne conduise à une baisse de vigilance ou à une homogénéisation des contenus.
Les enjeux de gouvernance sont revenus de manière récurrente, droits d’auteur, régulation, lutte contre les deepfakes, et protection de la valeur publique du journalisme. À mesure que les systèmes deviennent plus autonomes, la question n’est plus seulement quel outil utiliser, mais quelles tâches déléguer, avec quelles limites, et comment auditer les résultats. Les échanges ont placé la transparence interne au centre, avec l’idée de documenter les usages et d’identifier les risques avant déploiement à grande échelle.
Enfin, la question de la distribution a été évoquée dans le paysage WAN-IFRA, marqué par l’essor des interfaces conversationnelles et des moteurs de réponse. Pour les médias, l’enjeu est double, préserver la visibilité des contenus et maintenir des standards de fiabilité quand la circulation de l’information dépend davantage d’algorithmes de recommandation. Dans ce contexte, le forum vietnamien a présenté l’IA comme un moyen de renforcer les capacités, sans renoncer au rôle de contrôle et de responsabilité porté par les rédactions.
Questions fréquentes
- Quel message principal a dominé le Forum WAN-IFRA Vietnam 2026 sur l’IA ?
- Le forum a défendu l’idée que l’IA doit soutenir le travail des rédactions, mais que la vérification, la présence sur le terrain et la responsabilité éditoriale doivent rester du ressort des journalistes.
- Pourquoi Le Quoc Minh affirme-t-il que l’IA ne peut pas remplacer les humains ?
- Il met en avant des attentes du public difficiles à automatiser, information vérifiée, reporter sur place, et quelqu’un qui assume les erreurs. Selon lui, vérité, confiance et responsabilité sont indissociables d’un jugement humain.
- Quels usages concrets de l’IA ont été évoqués pour les rédactions ?
- Les échanges mentionnent des usages d’assistance comme la recherche et l’analyse d’informations, la synthèse, l’amélioration de l’efficacité opérationnelle et l’aide à la production, sous contrôle éditorial et avec des règles de gouvernance.
- Quels risques sont associés à une adoption accélérée de l’IA dans les médias ?
- Les intervenants ont souligné des risques liés à la confiance, à la responsabilité, aux deepfakes, au droit d’auteur et à la nécessité de cadres internes de validation et de traçabilité pour sécuriser les usages.
À retenir
- À Hanoï, WAN-IFRA Vietnam 2026 acte le passage de l’IA du test à l’usage quotidien
- Le Quoc Minh insiste sur vérité, confiance et responsabilité, attribuées à des humains
- E-von Yeung défend une IA d’appui, orientée service au public et confiance lecteur
- La gouvernance en rédaction devient un chantier central, validation, traçabilité, règles
Sources
- Forum international sur l'IA WAN-IFRA 2026 : Promouvoir la transformation numérique du journalisme vietnamien
- L'intelligence artificielle dans le journalisme : des outils de soutien aux stratégies de gestion globales.
- Le Vietnam accueillera pour la première fois le Forum international sur l'IA WAN-IFRA 2026.
- AI Forum 2026 Hanoi – WAN-IFRA
- Conferences – WAN-IFRA



