À Prades, la 58e Université catalane d’été met la technologie au cœur d’un débat linguistique concret: comment renforcer la présence du catalan dans l’espace numérique et toucher des publics au-delà des Països Catalans. Le vendredi 21 août 2026, une journée de cours et de conférences a donné à voir deux approches complémentaires, l’une tournée vers l’innovation, l’autre vers l’histoire et le politique, avec l’intervention de l’experte en intelligence artificielle Karina Gibert et la venue d’Oriol Junqueras, président de l’Esquerra Republicana de Catalunya (ERC).
Karina Gibert présente l’IA comme levier d’internationalisation du catalan
Invitée à Prades dans le cadre d’un cours magistral, Karina Gibert, spécialiste de l’intelligence artificielle, a défendu l’idée que la transformation digitale offre des opportunités directes pour élargir l’usage du catalan. Son propos s’inscrit dans un constat simple: aujourd’hui, la circulation d’une langue dépend fortement de sa capacité à exister dans les outils du quotidien, moteurs de recherche, assistants vocaux, traduction automatique, sous-titrage, plateformes d’apprentissage, réseaux sociaux. Lorsque ces systèmes reconnaissent mal une langue ou la traitent comme marginale, ils réduisent mécaniquement sa visibilité.
La chercheuse a insisté sur le rôle des données, corpus écrits, enregistrements audio, terminologies spécialisées, indispensables pour entraîner des modèles performants. Sans volumes suffisants et sans diversité de registres, la qualité de reconnaissance et de génération chute, ce qui renvoie les locuteurs vers des langues dominantes. La logique inverse est recherchée: disposer d’outils fiables pour écrire, corriger, traduire et produire du contenu, afin de rendre la langue plus pratique dans les usages professionnels, scolaires et culturels. La perspective avancée à Prades est qu’une IA bien entraînée peut accélérer la création de ressources, tout en soutenant la normalisation terminologique.
Dans cette approche, l’objectif n’est pas seulement de servir les locuteurs déjà catalanophones. Il s’agit aussi de favoriser l’accès de nouveaux publics, étudiants, chercheurs, touristes ou expatriés, à des contenus catalans sans barrière d’entrée trop élevée. La traduction assistée, le sous-titrage et la synthèse vocale peuvent faciliter la circulation d’œuvres, de cours et de médias, en résultat la langue gagne en présence hors de son territoire traditionnel. La formule avancée à Prades, internationaliser le catalan, renvoie à une stratégie numérique qui s’appuie sur des usages concrets plutôt que sur une simple déclaration d’intention.
Cette vision pose aussi des questions de gouvernance. Qui finance les corpus et les infrastructures, qui contrôle la qualité, quelles garanties sur la protection des données lorsque des enregistrements de voix sont collectés, quelle place pour les institutions publiques face aux grandes plateformes privées. Le débat, esquissé pendant la session, rappelle que l’innovation linguistique n’est pas uniquement technique: elle implique des choix d’investissement, des partenariats et des règles d’accès, avec un enjeu central, éviter que la langue dépende d’outils opaques ou de modèles dont les critères de performance ne sont pas publics.
Oriol Junqueras intervient à Prades lors de la journée du 21 août 2026
Le même vendredi 21 août 2026, Oriol Junqueras était annoncé comme invité à l’Université catalane d’été de Prades, une présence attendue dans un programme où la culture et la politique se croisent régulièrement. Président de l’ERC, figure de premier plan du mouvement indépendantiste catalan, il a pris la parole dans un format de maître de conférences autour de la guerre de Succession d’Espagne. Le choix de cette thématique historique renvoie à un fil rouge de l’événement, relier les débats contemporains à des repères de long terme, identitaires et institutionnels.
La venue de Junqueras s’inscrit dans un contexte connu du public, sa condamnation et son emprisonnement pour sédition après le référendum d’autodétermination du 1er octobre 2017, puis sa grâce. Ce parcours pèse sur sa parole, perçue à la fois comme académique quand il aborde l’histoire et comme éminemment politique quand il intervient en tant que dirigeant. À Prades, sa présence rappelle que l’Université d’été fonctionne aussi comme une scène d’échanges pour des acteurs politiques catalans, au-delà des seuls débats linguistiques.
Dans la dynamique de la journée, le contraste avec le cours de Karina Gibert est significatif. D’un côté, une discussion tournée vers les outils numériques et les conditions matérielles de la diffusion linguistique. De l’autre, une prise de parole ancrée dans l’histoire et la construction des récits collectifs. Les deux registres se rejoignent pourtant sur un point: la manière dont une communauté se projette hors de ses frontières immédiates. L’histoire fournit des références et des cadres d’interprétation, tandis que le numérique propose des canaux de diffusion et des usages nouveaux.
L’actualité de Prades met aussi en évidence une tension régulière: promouvoir une langue minoritaire dans des environnements technologiques dominés par quelques acteurs globaux. Les solutions proposées par le monde académique et militant, création de ressources ouvertes, coopération entre universités, partenariats avec des éditeurs, ne produisent pas des effets immédiats. Néanmoins, la combinaison d’interventions, historiques, politiques et technologiques, contribue à structurer une stratégie d’influence culturelle où la maîtrise des outils numériques devient un élément central de la politique linguistique.
Questions fréquentes
- Pourquoi l’IA est-elle présentée comme un outil pour diffuser le catalan ?
- Parce qu’elle peut améliorer des usages quotidiens comme la traduction automatique, le sous-titrage, la reconnaissance vocale et l’aide à l’écriture, ce qui renforce la visibilité de la langue sur les plateformes numériques.
- Qui a porté ce thème à l’Université catalane d’été de Prades ?
- Karina Gibert, experte en intelligence artificielle, a dirigé un cours magistral sur le rôle du numérique dans l’expansion et le renouveau de la langue catalane.
- Quel était le rôle d’Oriol Junqueras lors de la journée du 21 août 2026 ?
- Oriol Junqueras, président de l’ERC, est intervenu comme maître de conférences avec un cours portant sur la guerre de Succession d’Espagne.
- Quels freins limitent l’efficacité de l’IA pour une langue comme le catalan ?
- Les principaux freins sont l’accès à des corpus suffisants et variés, la qualité des données audio et écrites, le financement des infrastructures, et la dépendance potentielle à des plateformes privées aux règles peu transparentes.
À retenir
- À Prades, la 58e Université catalane d’été met l’IA au centre de la stratégie linguistique.
- Karina Gibert défend l’entraînement d’outils numériques pour accroître la présence du catalan en ligne.
- Les corpus et données de qualité restent la condition technique majeure pour des services fiables.
- Oriol Junqueras intervient le 21 août 2026 avec un cours sur la guerre de Succession d’Espagne.
- L’événement articule innovation technologique, histoire et enjeux politiques autour de la langue.
Sources
- Université catalane d'été à Prades : l'intelligence artificielle …
- Université catalane d’été à Prades : l’intelligence artificielle, un outil puissant pour "internationaliser le catalan au-delà des Països Catalans" – lindependant.fr
- Université catalane d'été à Prades : la linguistique pour …
- EMILDAI Summer School 2026 – Intelligence artificielle
- Yale Summer Session in Barcelona: Catalonia in Modern Spain | Study Abroad | Yale University



